En Mémoire de Mon Père Jean Louis Travers (1947-2020)

Mon père Jean Louis Travers est décédé hier, apparemment dans son sommeil et sans doute d’une crise cardiaque étant donnés ses antécédents. Je redoutais ce moment en raison de sa mauvaise santé, mais on espère toujours que la médecine moderne fasse des miracles.

Je n’ai jamais eu de relations faciles avec mon père, mais une fois que j’ai eu mes propres enfants je l’ai mieux compris. Nous sommes une famille de crétins des Alpes, colériques et entiers, avec une capacité d’expression émotionnelle assez pathétique.

Mon père a fait comme il a pu, et je me souviendrai de lui pour ses qualités et l’exigence envers soi-même qu’il m’a transmise. J’ai été premier de la classe pendant quasiment toute ma scolarité, mais il m’a toujours dit que la compétition avec moi-même importait plus qu’avec les autres.

Papa me disait souvent qu’il valait mieux être un sale con qu’un pauvre con. Ça en dit long sur l’éducation à la dure qu’il a reçue. Grandir à la ferme en Haute Savoie dans les années 50, c’était très loin du confort moderne que nous tenons pour acquis en 2020.

Ce serait trop facile et très injuste de ma part de le juger, quand ce sont ses efforts qui m’ont donné une meilleure base de départ dans la vie. Je l’ai vu passer ses dimanches à corriger des copies d’officiers préparant le concours de l’Ecole de Guerre, c’est comme ça qu’il a payé mes chères études en école de commerce privée.

ESM 1972

Ajoutez à cette enfance rude un parcours militaire brillant – Saint Cyr promo de Gaulle, Ecoles de Guerres française et italienne – et ça ne pouvait pas donner quelqu’un de facile à vivre. Mais ses proches le connaissaient aussi comme “Jean Loup”, quelqu’un qui pouvait être tendre, séducteur, drôle. Un être humain en somme, complexe, contradictoire, torturé, fort, faible. Quelqu’un qu’on pouvait aimer ou détester, sans doute souvent les deux. Quelqu’un qui n’a jamais laissé indifférent.

EOR 1994

J’ai fait mon service militaire en tant qu’aspirant à l’Ecole d’Application du Génie (promo EOR 1994 Sapeurs de Diên Biên Phu) lorsqu’il en était un des cadres dirigeants. Les capitaines sous lesquels je servais suivaient l’instruction dirigée par mon père. Ils me dirent un jour avec un sourire dans lequel on pouvait lire un mélange d’amusement incrédule et de respect qu’il était un “dinosaure” avec une approche exigeante et cassante qui déjà était sur le point de disparaître il y a 25 ans. Pour le meilleur et pour le pire, il est impossible de séparer l’Armée en général, et le Génie en particulier, de l’histoire familiale.

C’est mon père qui m’a remis mes galons d’officier, un moment d’intense émotion alors même que je souhaitais initialement éviter de faire mon service ! Et c’est lui, pourtant têtu comme une mule et hautement conscient de son intelligence supérieure, qui m’a appris à reconnaître quand on a tort et à changer d’avis.

Mon père était un iconoclaste brillant et curieux qui devait lutter contre lui-même pour exprimer ses sentiments. Il m’a beaucoup appris et beaucoup donné. Il valait la peine d’être connu et je suis fier d’être son fils.

Our ancestral land in Gruffy, Haute Savoie

NB : Papa avait mis à jour ce site de généalogie – une activité qui lui tenait à cœur – quatre jours avant son décès. J’en ai repris le contrôle pour le maintenir et le transmettre aux cousins et générations futures, conformément à sa volonté. Il avait fourni un énorme travail, complété par les recherches de mon grand-père Arthur BECKERS pour ma branche maternelle.

7 thoughts on “En Mémoire de Mon Père Jean Louis Travers (1947-2020)

  1. MESSE Christiane

    Bonjour,
    Je suis Christiane MESSE, cousine de ta Maman.
    2e Fille de Marie Lucie Grinneiser et de Jean Marie Messe.
    Par hasard sur Internet j’apprends et lis ce joli texte sur ton Papa qui me rappelle des passages de mon enfance.
    Je le revois dans son bel uniforme.
    Je revois mes jeux avec André….
    Je me souviens de toi 1er en classe alors que moi j’étais en bas du classement.
    Je vous ai croisé toi et ton Papa soit à Bouillonville soit à la Marre.
    Je voulais te présenter mes sincères condoléances.
    J’espère que tu vas bien et que la vie te donne du bonheur.
    Contente de t’avoir ré-croisé quelques instants.
    Christiane.

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    1. otravers Post author

      Bonjour Christiane, merci pour ton message, c’est gentil. Les gens ne meurent vraiment que lorsque plus personne ne se souvient d’eux. Petit à petit je fais mon deuil, en me focalisant sur une vie de famille harmonieuse.

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  2. Antonio J. Candil

    Mon cher Olivier,
    nous ne nous connaissons pas mais j’ai connu ton pere en Italie ainsi que ta mere et ta soeur.
    je m’appelle Antonio J. Candil et a l’epoque j’etais un officier espagnol eleve a L’Ecole de Guerre Italienne et camarade de ton pere.
    Nous sommes ete tres bons amis mais la vie nous a enmene par des voies differentes.
    Aujourd’hui j’habite aux Etats-Unis depuis 2007.
    je t’envoie mes salutations!

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    1. otravers Post author

      Estimado Antonio, muchas gracias por tu comentario. Me recuerdo de ti, tu hijo en esta época tenía 3 años y estaba siempre sonriendo! Donde estas en EEUU?

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      1. Tony

        Gracias por responderme!!! Hablas un español perfecto
        Abandone lo militar y me convertí en profesor universitario. He estado dando clases sobre relaciones internacionales en la universidad de Texas, en Austin.
        Vivo en Austin.
        Mi hijo vive en Londres y es ciudadano británico. Personne est parfait!
        Et je n’ai pas oublie mon Francais!!
        Je suis desolé de savoir la perte de ton pere.
        A bientot!

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  3. GRINNEISER IRENE

    Bonjour Olivier,
    Je ne pense pas que tu te souviennes de moi: je t’ai rencontré (il y a bien longtemps) à Bouillonville ( à la Ribambelle bien sûr) alors que Claire n’avait pas 1 mois, et plus tard à La Marre avec mes 2 ainés petits… J’adorais partager de bons moments avec mes cousin(e)s, ma chère Tante Nicole et bien sûr mon oncle Jacques, adorables tous les deux…
    En effet je suis une cousine de ta maman. Je suis Irène Grinneiser, fille de Noël Grinneiser.
    J’ai admiré (il y a bien des années) l’immense travail de ton papa Jean-Louis en généalogie. (J’apprends son décès et c’est pour moi un grand choc de tristesse: mes plus sincères condoléances) Je reprends mes recherches du côté de mes ancêtres et Je voulais justement reprendre contact pour en apprendre davantage sur ma branche paternelle…
    Tu as fait une magnifique carrière et je suis heureuse de voir que tu prends la suite de ton papa pour la transmission de ces connaissances à tes cousins et générations futures… c’est là une démarche qui m’est très chère… Un grand merci à toi et une grande joie de retrouver ce fil transgénérationnel qui m’importe tant !
    Je vais t’envoyer mon adresse e-mail (par courriel) pour que tu puisse me transmettre les précieuses informations que tu as reçues de ton père et ton grand-père .
    Je t’adresse mes plus affectueuses pensées .
    Irène

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