En Mémoire de Mon Père Jean Louis Travers (1947-2020)

Mon père Jean Louis Travers est décédé hier, apparemment dans son sommeil et sans doute d’une crise cardiaque étant donnés ses antécédents. Je redoutais ce moment en raison de sa mauvaise santé, mais on espère toujours que la médecine moderne fasse des miracles.

Je n’ai jamais eu de relations faciles avec mon père, mais une fois que j’ai eu mes propres enfants je l’ai mieux compris. Nous sommes une famille de crétins des Alpes, colériques et entiers, avec une capacité d’expression émotionnelle assez pathétique.

Mon père a fait comme il a pu, et je me souviendrai de lui pour ses qualités et l’exigence envers soi-même qu’il m’a transmise. J’ai été premier de la classe pendant quasiment toute ma scolarité, mais il m’a toujours dit que la compétition avec moi-même importait plus qu’avec les autres.

Papa me disait souvent qu’il valait mieux être un sale con qu’un pauvre con. Ça en dit long sur l’éducation à la dure qu’il a reçue. Grandir à la ferme en Haute Savoie dans les années 50, c’était très loin du confort moderne que nous prenons pour acquis en 2020.

Ce serait trop facile et très injuste de ma part de le juger, quand ce sont ses efforts qui m’ont donné une meilleure base de départ dans la vie. Je l’ai vu passer ses dimanches à corriger des copies d’officiers préparant le concours de l’Ecole de Guerre, c’est comme ça qu’il a payé mes chères études en école de commerce privée.

Ajoutez à cette enfance rude un parcours militaire brillant (Saint Cyr, Ecoles de Guerres française et italienne) et ça ne pouvait pas donner quelqu’un de facile à vivre. Mais ses proches le connaissaient aussi comme “Jean Loup”, quelqu’un qui pouvait être tendre, séducteur, drôle. Un être humain en somme, complexe, contradictoire, torturé, fort, faible. Quelqu’un qu’on pouvait aimer ou détester, sans doute souvent les deux. Quelqu’un qui n’a jamais laissé indifférent.

J’ai fait mon service militaire en tant qu’aspirant à l’Ecole d’Application du Génie lorsqu’il en était un des cadres dirigeants. Les capitaines sous lesquels je servais suivaient l’instruction dirigée par mon père. Ils me dirent un jour avec un sourire dans lequel on pouvait lire un mélange d’amusement incrédule et de respect qu’il était un “dinosaure” avec une approche exigeante et cassante qui déjà était sur le point de disparaître il y a 25 ans. Pour le meilleur et pour le pire, il est impossible de séparer l’Armée de l’histoire familiale.

C’est mon père qui m’a remis mes galons d’officier, un moment d’intense émotion alors même que je souhaitais initialement éviter de faire mon service ! Et c’est lui, pourtant têtu comme une mule et hautement conscient de son intelligence supérieure, qui m’a appris à reconnaître quand on a tort et à changer d’avis.

Mon père était un iconoclaste brillant et curieux qui devait lutter contre lui-même pour exprimer ses sentiments. Il m’a beaucoup appris et beaucoup donné. Il valait la peine d’être connu et je suis fier d’être son fils.

Our ancestral land in Gruffy, Haute Savoie

NB : Papa avait mis à jour ce site de généalogie – une activité qui lui tenait à coeur – quatre jours avant son décès.

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